Blame! bridge A3 – Making of

Clause de non-responsabilité : Observons la pitoyable trimbale du maître de maison. Le souffle court et les mains sanglantes, le voilà qui balade tout sourire un nouveau pain de roche magmatique. Il titube en direction de sa célèbre pile des projets inachevés, sur laquelle il déchargera comme il peut l’innocent granite. Son optimisme est fatiguant, son amnésie classique.

Ce post va se permettre d’illustrer – pour la postérité – l’énième flaque créatrice dans laquelle il va se débattre avant de s’auto-épuiser ; le verbe « créer » est ici kidnappé alors qu’il marchait tranquillement au bord de la route. Voyons le contenu de son sac.

Fig. 1 : Reprint 18×26 de 2016 (cover d’Amazon) dont, avec un peu de jugeote, j’aurais pu me servir pour ce qui suit

 

Tsutomu, ce fut une grande émotion quand j’ai découvert ton Blame!

C’était 2003 ? Peut-être. Je n’ai en tout cas jamais retrouvé, en BD/manga, pareils vertiges graphiques en parcourant l’infini de ses espaces et le gigantesque sandwich de ses niveaux. A la rigueur, l’excellent jeu vidéo NaissanceE est le seul à s’approcher de ses abîmes inconcevables.

J’ai toujours ragé sur mes riquiquis Glénat 11×18, qui selon moi ne rendaient pas grâce à tes perspectives. N’ayant pas su dénicher (sans doute faute d’assiduité) d’illustrations grand format de ton oeuvre, c’était pour moi peine perdue que d’espérer un de tes décors affiché sur mes murs.

Mais il existe une autre solution. Chopper ma petite flemme d’un doigt dans chaque naseau, puis l’accompagner fermement devant la Cintiq.

Ça peut paraître étrange, mais je préfère généralement décalquer à la main plutôt que mouliner le bouzin dans Gimp à coups de border detect et autre filtre de nettoyage. En repassant son travail, je comprends mieux la patte de l’artiste, salue le temps qu’il y a passé, et gagne de l’xp par la pratique. Le procédé n’est jamais une « simple » recopie, mais fait appel à un réel savoir-faire.

Voici donc véritable sujet de cette quête : décorer mon bureau d’un poster qui claque la face son unique race.

 

Fig. 2 : Le scan basique

Pour mon premier essai, je vais choisir la dernière page du premier tome, qui pour moi est un bon condensé du premier contact que j’ai eu avec Blame!

Résumons les objectifs du processus de repompe, car soyons honnête, je n’ai pas le niveau pour une copie sans guide :

  • Obtenir un beau grand format fin et propre, genre 350+ dpi
  • L’auteur et son oeuvre source doivent être crédités dans un coin
  • L’original est monochrome, tramé en sérigraphie, mais je vais tenter le grayscale pour des aplats dégradés de qualité (pas question de coloriser)
  • Déborder légèrement du canevas, pour à la fois se rapprocher des dimensions ISO et agrémenter le travail d’une valeur ajoutée
  • Gérer bien sûr tout ça dans un format numérique pourvu de calques

 

Un scan 300 dpi tout bête sur un matos basique est suffisant comme toile de fond (fig. 2). Par curiosité, et en générant les lignes de fuites, il est marrant d’observer que si les arêtes principales du dessin y sont scrupuleusement attachées, quelques compléments d’arrière-plan n’y font pas forcément référence. Une façon de voir qu’on peut être un grand malade des perspectives, mais aussi se permettre quelques écarts du moment que cela passe inaperçu. Si le Démon est dans les détails, alors Dieu se situe plutôt dans les généralités.

Avant de se lancer dans la violence, la première étape systématique est le choix de la bande-son de travail. Allez, pas de complexe élaboration de playlist finement établie, prenons un gros Hanz Zimmer bien fumeux et métallique, mais somme toute de qualité.

 

 

 

Retour dans Clip Studio Paint (wink wink Géradon) où le choix du canevas est arrêté sur un A3 vertical en 600 dpi. Centrage « à vue » de l’original, transparence à 50%, verrouillage.

Fig. 3 : Tupeuxpastest d’encrage

Comme je le sens, le dessin va s’articuler autour de 5 calques : La passerelle en premier plan, le personnage Killy (vais-je le conserver ?), le second plan parallèle à l’observateur, le second plan en perspective, et les aplats. Un calque supplémentaire de délimitation des aplats pourra être nécessaire, on verra.

Les premiers tests d’encrage (fig. 3) sont concluants au mapping pen noir de 25, c’est parti.

Au vu du temps que je passe à encrer un support déjà calculé en draft, et si j’avais eu quelconque vue sur le métier de mangaka, me voilà fixé sur mon inaptitude. J’en profite pour saluer mes PatrikRoy parallèles qui ont choisi cette voie. Putain de tarés.

Les débords du canevas semblent pour l’instant surmontables, dont voici un exemple inouï d’ingéniosité exceptionnelle en figures 4, 5 et 6.

Fig. 4 : Un poteau à gauche sort du canevas original (sans doute un mât de candélabre d’éclairage public)

Fig. 5 : La base du poteau recréée ; il aurait été arraché dans des circonstances pas cool

Fig. 6 : Non mais le détail du poteau avec le vent et tout, quelle incroyable merveille

En attaquant le premier second plan, je ne tiens pas deux minutes avant que mon égo sali renonce à tout faire à main levée. Les parallèles sont impressionnantes, et le moindre écart donne un effet brouillon que personne ne souhaiterais, pas vrai ? Bien. Je m’équipe donc de l’outil de ligne à contrecoeur, au moins pour les plus fines équerres. De toute façon Tsutomu a sans doute utilisé une règle, il me pardonnera (fig. 7).

Fig. 7 : « Trace des lignes sans savoir c’que tu dessines » – Mc Solaar ou NTM, je sais plus

 

Fig. 8 : Oui je sais, ça n’avance pas

Le mur complété, je vais peut-être m’attaquer au plus costaud pour moi : la perspective + l’infrastructure réseau. Avec la passerelle, c’est ce qui donne toute la profondeur et la taille du décor. Il s’agit maintenant d’être fidèle aux ombrages, respecter les éléments qui s’entrecroisent, sans prendre trop de raccourcis ni de libertés. Une mauvaise interprétation des formes pourrait aplatir un relief, ou ruiner le « sens » qu’a voulu donner Tsuto’ à certaines parties de cette architecture massive.

Après quelques heures d’acharnement, je confirme, je m’y mord les dents (fig. 8). La principale difficulté, en tout cas celle qui me vient en premier, est de conserver l’effet de continuité dans les grandes verticales. C’est terne, ce que je pond ne ressemble à rien, en tout cas pas à ce que je souhaite.

Fig. 9 : Il ne regarde même pas où il va

Autre chose, si les parties « organiques » sont assez marrantes à exécuter, voire à réinventer parfois, les grands panneaux vides sont étrangement galère. Moins il y a d’élément à voir, plus l’œil est exigeant sur le contenu.

Deux jours pour le second plan. Top rentabilité.

Le fardeau derrière moi, je peux terminer en pente douce avec des trucs rigolos. Je me décide tout de même à poser Killy (fig. 9). C’est la seule touche de vie dans ce paysage de métal, et il habille bien (puis il a la classe). Griffonne violente et défoulante, j’aime ces coups de nerfs sur le stylet. L’air de rien, le coup de plume le plus chiadé à réaliser ? Le nez.

 

Fig. 10 : Le masque de dégradé sournois en oblique

Fig. 11 : Eclaircir les reliefs et allumer les lumières

Fig. 12 : Le calque de shading terminé. Sauras-tu trouver l’erreur de fatigue ?

Mon petit gâteau de finition, le shading. Un petit piège toutefois dans ce tableau ; si l’axe de dégradé principal du second plan se situe bien au centre vertical, il s’assombrit également de bas en haut (fig. 10). Reste enfin à fignoler les ombrages secondaires. Contours au lasso, j’alterne entre gros coups de pinceaux ou de gomme au jugé du plus plaisant (fig. 11 et 12). Ici plus vraiment de stratégie, je sens que j’ai envie de terminer. Je tenais à préciser cet accès de flemme peu reluisant.

 

On allume tous les calques et on recule.

Bon.

De toute façon, il y aura toujours un truc à rectifier, une trajectoire à corriger, un objet qui manque de valeur… Je décide de m’arrêter là, je ne suis clairement pas un faussaire, mais le résultat est tolérable pour la destination (fig. 13).

Ajout des crédits et exportation, l’aventure est terminée. Tsutomu, je suis bien content d’avoir appris de nouveaux tricks dans tes pas, et j’espère n’avoir pas trop massacré ton boulot.

A bientôt sans doute, ça donne envie de rempiler, car les décors ahurissants dans Blame! ne manquent pas.

Fig. 13 : Mini export du tableau terminé (je vais éviter le 7k x 10k px en png sur DreamHost). Reste à marger et peut-être s’appliquer sur les crédits posés à la va-vite

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