Tag Archive for excuse

Jean l’académicien – Derrière la scène

Allez, un petit post court mais avec plein d’images. Le reportage d’aujourd’hui porte sur le « travail » de composition réalisé en amont d’un dessin à réaliser.

Fig. 1 : Le M-Tiss

Tu connais le café littéraire M-Tiss à Metz (fig. 1) ? Je t’aime bien comme lecteur, ça m’évite de faire un paragraphe spécial si c’était pas le cas.

L’histoire commence : je prends Jean en aparté, et lui demande s’il veut bien que je lui tire le portrait. Les réponses de Jean sont rarement « non » ; il pourrait être Japonais. Je lui précise alors que je travaille de préférence sur photo, et il accepte sans peine ma « direction artistique » en posant devant ses étagères de livres (fig. 2).

 

Fig. 2 : La pose retenue (et validée par l’intéressé)

A ce stade, je n’ai qu’une vague idée de ce que je souhaite. Comme souvent, c’est le hasard, l’adaptation, et les coups de bol qui m’orientent vers le résultat final. De même, dans le cas d’une idée précise, c’est en situation réelle qu’éclate généralement ma bulle d’apparente cohésion. Je vais trop vite, souhaite prendre en considération tant de paramètres qu’un manche s’y prendrait mieux que moi. Dans le cas présent, j’ai dû faire revenir le patron pour une nouvelle série de photos quelques minutes après la première. « J’aimerais approfondir certains clichés car blablabla »… des baffes, ouais.

 

Lorsque la première particule d’idée du projet m’a percutée, vers juillet 2018, ma volonté d’origine était de proposer à Jean un portrait de Léopold Sédar Senghor. D’une part pour le Sénégal, d’une autre part pour le statut d’écrivain-poète de la personne, et d’une dernière part due au fait que le M-Tiss propose une planche apéro du même nom. Je m’étais mis en quête de clichés intéressants, dont certains que j’aurais pu inclure dans le décor du bar – c’est à dire comme si Léopold, à une table, se délectait d’une Bon Poison.

 

Fig. 3 : Remplacer le maire de Metz…

Léopold Sédar Senghor, homme d'état sénégalais et écrivain, le 3 mai 1983 à Paris, France. (Photo by Micheline PELLETIER/Gamma-Rapho via Getty Images)

Fig. 4 : …par Léopold ?

Puis, je me suis demandé si Jean ne pouvait pas entrer en scène, quitte à les faire discuter autour d’un breuvage. L’anachronisme importe peu dans ce genre de graphic fantasy.

Après divers variantes (fig. 3 et 4), je n’ai trouvé que peu de positions adéquates, et je risquais de m’éloigner du concept visé, celui d’un seul personnage mis en valeur.

 

Fig. 5 : Le décor

Bref, je fais poser Jean devant ses bouquins. Une fois terminé, sans vraiment savoir pourquoi (manifestation de l’élément « coup de bol ») je décide de prendre la totalité des étagères sans personne devant (fig. 5).

Cette photo va me sauver, et devenir l’arrière-plan du portrait, dans lequel je vais positionner un Jean détouré. Grâce à ce cliché, je vais aussi pouvoir mettre en valeur l’identité du lieu en choisissant de déplacer certains objets, d’en cacher d’autres, et d’obtenir une réelle mise en scène autour du personnage.

 

Tous les éléments sont en place pour commencer le portrait. Il sera noir et blanc, et dans le style actuel que j’explore : la carte à gratter. Toutefois un détail me titille : l’espace vide sous le point lumineux en haut à gauche. Cette zone de forte clarté, alors que le reste du décor est volontairement sombre, va voler la vedette au personnage. Pour corriger l’attraction oculaire sans éteindre le spot – qui m’aurait obligé à recalculer les ombres au jugé – un objet mat « mangeur de lumière » doit occuper une partie du mur.

Fig. 6 : La dimension artistique

Quelle hasardeuse aubaine. Il existe un élément que je voulais intégrer, et qui pour moi fait partie de ce qui donne de la couleur au café : le tableau de Mbaye Diop. Je suis d’ailleurs retourné prendre une photo rien que pour lui (fig. 6).

 

Prêt à attaquer les premiers coups de stylet ? Hmmm je ne suis toujours pas satisfait. La chemise blanche de Jean me gêne pour des raisons identiques. Remarque, il est facile de changer la clarté du vêtement lors du dessin. Mais pourquoi se faciliter la vie ?

Fig. 7 : M. Sow, photo AFP

Je suppose que l’idée m’est venue en voyant des photos de Léopold, toujours est-il que d’un inexplicable mouvement, je me suis lancé dans la haute couture. Là aussi, pour donner un maximum de sens, je n’allais vais pas piquer le costume de n’importe qui. M. Senghor étant trop svelte, un autre Sénégalais académicien fut rapidement retenu pour sa carrure : le sculpteur Ousmane Sow (fig. 7).

Il ne restait plus qu’à morceler, découper et déformer divers clichés glanés ça et là, pour reconstituer un modèle crédible. On dit qu’il faut le voir porté, c’est tout à fait vrai (fig. 8, 9 et 10).

Fig. 8 : Hop des manches

Fig. 9 : Hop un haut de veste

Fig. 10 : Hop un bas de veste

 

Petit coup d’œil sur la composition finale (fig. 11). Tout semble en ordre et proportionné.

Je suis content des références croisées dans le tableau, comme les Lettres, le Sénégal, les objets caractéristiques du M-Tiss, et d’autres détails discrets.

Maintenant, je vais arrêter de me donner des excuses de fignolage, et commencer à réellement dessiner.

Allez au boulot.

Fig. 11 : La composition finale. La lampe sur tabouret sera décalée vers la droite, et les objets au premier plan retirés.

Translate »